Quand les femmes s'emparent de Twitter

Publié le par lenversduMonde

 

          Scott Beale/ Flickr, Licence CC

 

 

Depuis quelques jours, le site de microblogging a vu se créer de nouveaux hashtags – mot précédé d'un dièse permettant de classer l'information par thème.

 

 

Le site aux « gazouillis » est bien connu pour sa réactivité face à l'actualité ainsi que pour sa parole libérée, et une fois de plus Twitter a montré que dans ce domaine, il est vraisemblablement le meilleur.

 

 

Nous sommes à Rabat, devant le Parlement marocain, où une manifestation est en cours. La contestation survient à la suite du suicide d'une jeune fille de 16 ans, Amina El-Filali, qui s'est donné la mort après avoir été forcée d'épouser un homme qui l'avait violée à deux reprises.

 

 

Mais ce jour-là, il y avait une autre manifestation pour la même cause, invisible, et pourtant elle compte tout autant. Le hashtag #RIPAmina a été utilisé des milliers de fois en quelques minutes pour délivrer des messages de soutien et des coups de gueule sur le réseau social. Parallèlement, le compte Twitter d'Abdellilah Benkirane, Premier ministre islamiste marocain, a été saturé de messages.

 

 

Autre endroit, même cause.

 

 

Cette fois nous sommes à Londres, où l'association féministe London feminist network a lancé le hashtag #Ididnotreport – je n'ai pas porté plainte – pour dénoncer les cas de viols. Cette initiative peut paraître surprenante, mais lorsque l'on sait que seulement 8% des 75 000 femmes adultes violées chaque année portent plainte, on comprend mieux l'intérêt d'un endroit où les victimes peuvent s'exprimer librement sur le sujet. Et l'association ne s'était pas trompée, puisqu'en seulement deux semaines, un triste succès était au rendez-vous.

 

 

Il fut tel, que l'association Femmes en résistance a décidé de l'adapter en France, #jenaipasportéplainte, dans le cadre d'une campagne intitulée Pas de justice, pas de paix ! L'objectif de cette campagne est de montrer au grand jour la fréquence élevée des cas de viols et ainsi lever le tabou.

 

 

Ce n'est pas la première fois qu'une population particulière s'empare des réseaux sociaux, déjà il y a trois ans, une Américaine avait mis en avant la nécessité de faire le test du cancer du sein en écrivant dans son statut la couleur de son soutien-gorge. Cette pratique s'était répandue dans le monde entier en quelques semaines.

 

 

A noter que le hashtag #jenaipasportéplainte est désormais le plus utilisé sur le Twitter français, néanmoins, il est victime de son succès. Certains s'amusent en effet à se servir du mot clé pour faire des blagues sexistes ou obscènes, alors que ce problème ne s'était pas fait sentir avec le #Ididnotreport anglais.

 

 

Face à ces détournements une utilisatrice tweete : « Le pourrissage du hashtag #jenaipasportéplainte est la démonstration parfaite de l'origine du mutisme des victimes. Bisous les trolls »

 

 

Il semblerait que l'on touche ici à un des paradoxes de la libéralisation de la parole publique de la Toile. Certes on peut tout dire, ou plutôt tout écrire, mais peut-on vraiment être écouté à chaque fois ?

Publié dans société

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